Le 27 octobre 2000, le Musée romain de Vallon était officiellement inauguré par Mme Carmen Buchillier, Conservatrice, et par M. François Guex, Archéologue cantonal, en présence de nombreux invités et personnalités politiques parmi lesquelles M. Joseph Deiss, Conseiller fédéral, M. Augustin Macheret, Conseiller d’Etat et M. Pierre Chardonnens, Syndic de Vallon.
Il aura fallu onze campagnes de fouilles pour dégager et documenter près de 3’500 m2 de surface et environ deux ans de travaux pour que le Musée ouvre ses portes en présentant, en plus des deux remarquables mosaïques, une exposition permanente riche de plus de 150 objets répartis, selon différents thèmes, en cinq très grandes vitrines. A cela s’ajoutent la reconstitution d’une arcade grandeur nature du portique peint de la villa, onze panneaux de peintures murales et, deux ans plus tard, la maquette de l’édifice romain au IIIe siècle. Dès le début, le Musée propose des expositions temporaires thématiques (au premier étage), des animations didactiques et des visites guidées en plusieurs langues. En une année plus de 13’000 visiteurs franchissent son seuil.
L’institution se développe et évolue, se faisant petit à petit une place dans le paysage muséal et archéologique. Elle enchaîne les expositions, accroît son offre de médiation culturelle, multiplie les collaborations.
Deux décennies plus tard, l’édifice a besoin de travaux d’entretien et de réfection ; la mise en valeur du site et la présentation des collections nécessitent un nouveau concept, de même que la médiation culturelle et la communication ; la structure et le fonctionnement méritent une analyse de fond.

C’est dans ce contexte qu’a été conçue la nouvelle exposition du Musée romain de Vallon. S’inspirant du processus des réflexions en cours, elle se veut un rappel des missions du Musée, un bilan de la situation et du travail accompli, une projection vers l’avenir et les futurs projets, tout en se questionnant sur son existence. Le Musée romain de Vallon est un musée archéologique de site construit à l’emplacement de vestiges romains d’importance nationale. Mais… s’il n’existait pas ? La question provocatrice et paradoxale à première vue prend toute sa pertinence lorsqu’on essaye d’y répondre. Ce qui n’est pas chose aisée. Nous nous sommes néanmoins aventuré à relever le défi.

L’exposition, construite dans cet esprit, s’articule autour de quatre étapes qui conduisent les visiteurs de l’extérieur vers le cœur du Musée.

Au-dehors, quatre panneaux rappellent brièvement les options auxquelles archéologues et autorités politiques sont confrontés lors de la découverte d’une mosaïque : la destruction, l’oubli ou ré-enfouissement, le prélèvement ou dépose, la conservation en vue de la valorisation.
Un cinquième panneau avec la définition de « musée » accueille le visiteur sur le pas de la porte.

Au rez-de-chaussée, le Musée romain de Vallon « disparaît », dérobé au regard des visiteurs par un jeu de miroirs et des emballages. Trois caissons en bois, qui évoquent ceux utilisés pour les transports, renferment un nombre volontairement limité d’objets, juste un aperçu de la collection. Seules des petites fenêtres permettent des vues intentionnellement partielles. Par ce choix épuré, nous avons voulu rappeler le contexte global des deux remarquables mosaïques : celui d’une vaste habitation de campagne, de ses habitants et de leurs habitudes. Il est donc question de construction, décoration, confort et jardins pour le premier caisson qui englobe la maquette et renvoie au portique peint, aux mosaïques et aux peintures murales. On évoque les gens, leur aspect et les autres « habitants », les animaux, dans le deuxième bloc, alors que le troisième aborde les activités quotidiennes et le savoir-faire, les croyances de la maisonnée, les passe-temps et quelques aspects caractéristiques de la culture romaine.

La salle d’exposition à l’étage est consacrée aux vingt ans de vie du Musée.
Sur les murs, quelques mots-clefs du code de déontologie du Conseil international des musées (ICOM) renvoient aux principes que les musées s’engagent à respecter et qui ont guidé les choix du nôtre.
Au milieu de la salle, le Musée est reproduit par une construction en lattes de bois rappelant les façades du bâtiment moderne, elles-mêmes inspirées des hangars à tabac de la région. A l’intérieur, parmi les caisses typiques de stockage et de rangement, onze panneaux énumèrent les points principaux : l’institution et son fonctionnement, les expositions, la médiation culturelle, les manifestations, la conservation des collections exposées, l’ouverture aux divers publics, les collaborations, la fréquentation et les visiteurs, les publications, les relations avec les médias et avec les associations de professionnels.

Au fond, la salle appelée des Ménades est entièrement occupée par un jeu de l’échelle original qui résume l’historique du Musée en quelques grandes étapes et anecdotes et invite tout le monde à prendre conscience des enjeux et des atouts de ce Musée.

Quelques mots, pour finir, sur le concept global et la scénographie.
Lors du questionnement qui est à l’origine du titre de cette exposition et de son concept, la première idée était celle de faire « disparaître » le Musée de Vallon. L’analyse et les réflexions en cours, en vue de restructuration et d’une nouvelle exposition de référence, nous ont amenés à concevoir une exposition de longue durée, présentant un musée qui aurait pu ne pas exister. Raison pour laquelle il n’est que partiellement visible, annonçant déjà les travaux qui précéderont la mise en place de la future exposition permanente.
Tout a été mis en œuvre pour cacher le Musée : les parois en miroir qui accueillent les visiteurs, les caissons qui renferment les objets et les emballages qui enveloppent les peintures murales.
Et s’il n’existait pas ? … automatiquement, tout cela n’existerait pas non plus !
Toutefois, le Musée romain de Vallon est bien là, depuis 20 ans. C’est ce que nous avons voulu rappeler à l’étage, entre les missions à accomplir et les réalisations. Ici, le Musée est transparent : la structure en lattes laisse pénétrer le regard et l’intérieur est accessible aux visiteurs qui veulent en savoir davantage sur le fonctionnement et les activités de l’institution.
Nous avons également souhaité que l’exposition soit évolutive. Des modifications sont d’ores et déjà prévues pour présenter d’autres objets au rez-de-chaussée. De plus, il sera possible de voir virtuellement une partie des collections qui ne sont pas exposées. Parallèlement à cette exposition, nous avons en effet préparé toute une série de publications particulières, notamment des statuettes du laraire. Elles seront éditées au fur et à mesure sur le site web du Musée qui sera mis à jour et traduit en allemand dans le courant de l’hiver.
Quant à l’aspect participatif de cette exposition – également l’un de nos souhaits – nous avons décidé de commencer en invitant nos visiteurs à se mettre en jeu et à parcourir dans les grandes lignes l’historique du Musée. Il suffit de participer au jeu de l’échelle proposé. Les règles sont simples. Lancez le dé et avancez d’autant de cases que vous pouvez et qui vous amèneront de la découverte de ce site extraordinaire à sa valorisation et à la réalisation d’un musée de site : le Musée romain de Vallon.

Bonne visite !
Clara Agustoni
Conservatrice

Quelques images :

Documents:


Discours Jean-Pierre Siggen, Conseiller d’Etat en charge de la Direction de l´instruction publique, de la culture et du sport

Discours de Reto Blumer, Archéologue Cantonal

Discours de Clara Agustoni, Conservatrice